Après une pause bien méritée suivant un premier voyage de 3 000 kilomètres en Italie et dans les Balkans, Laura et Romain Biette ont entamé leur deuxième boucle à vélo dans la péninsule ibérique. Entre Alicante et Séville, plus de 600 km de paysages aussi changeants qu’inattendus se succèdent.
Nous voulions ménager nos jambes pour mieux profiter de cette traversée ibérique de presque quatre semaines. Je ne vais pas mentir : on s’habitue vite au confort, après les 15 jours de pause qui ont suivi notre premier voyage. Le coup de pédale est difficile, puis, très vite, on réalise à quel point le vélo nous avait manqué. Il a suffi d’une journée sur la route pour retrouver notre bulle : la frugalité de nos repas, la simplicité de nos journées et ce rythme qui nous fait sentir libres.
Petit clin d’œil de ce départ à Alicante, au sud-est de l’Espagne : nous voyons arriver à toute vitesse les maillots jaunes des coureurs de l’équipe Visma-Lease a Bike, l’une des meilleures au monde. Impossible de suivre leur cadence, encore plus avec nos sacoches… Heureusement sur la route, nous aurons l’occasion de rouler avec des cyclistes moins pressés.
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Dépaysement garanti
Entre Murcie et Grenade, la diversité des paysages est saisissante. Les vastes étendues arides de la région de Murcia, parsemées d’orangers et de citronniers, laissent place à la réserve naturelle de Sierra Espuña, dominée par les pins d’Alep et les tons vert-gris méditerranéens, que nous avons traversée en toute quiétude, sous un ciel d’un bleu éclatant. Plus loin, du côté de Zurgena, l’ambiance devient Far West. Et sur la voie verte du « Valle del Almanzora », seuls avec les lapins, nous savourons le silence.
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Les derniers jours avant d’arriver à Grenade, d’autres images fortes marquent le voyage : se réveiller après une nuit glaciale dans le parc national de Baza, rouler sur des chemins boueux bordés d’amandiers en fleurs, apercevoir au loin les sommets enneigés de la Sierra Nevada, puis découvrir ce petit coin perdu dans les montagnes, presque idyllique, au bord du lac Negratín, au cœur du géoparc de Grenade classé à l’Unesco depuis 2020, où nous arrivons après soixante kilomètres sans croiser une seule voiture.
Au milieu des moutons
Dans un de ses podcasts, une autrice l’auteur Victoire Tuaillon racontait qu’après un burn-out, elle avait pris un temps sabbatique pour… élever des chèvres en Andalousie. Cette phrase m’est restée en tête, jusqu’à devenir comme un rêve, presque un objectif. Alors, forcément, quand notre route nous a menés dans la région, nous avons commencé à chercher des opportunités de Wwoofing.
C’est ainsi que Rafaël nous a accueillis dans son cortijo près de Grenade. Silhouette fine, barbe blanche taillée court, regard clair et malicieux, c’est un ancien hippie devenu paysan par conviction. Sa ferme, presque autosuffisante, est devenue notre maison le temps d’une semaine. Nous avons participé à la traite et accompagné ses quelque 300 chèvres dans les collines, avant de l’aider à fabriquer ses fromages, kéfirs et yaourts. Une chance incroyable de découvrir un quotidien que certains diraient précaire, mais qui, vu de l’intérieur, respire la passion, la liberté et une forme de sagesse.
Une destination à découvrir hors saison
L’Andalousie, c’est avant tout le calme et la douceur de vivre : traverser des villages paisibles, nous offrir un café en terrasse au milieu des locaux. Y voyager hors saison présente deux avantages : le climat y est plus doux et la plupart des campings restent ouverts toute l’année, pour une vingtaine d’euros à deux. Et une bonne douche chaude est toujours la bienvenue, surtout quand la nuit tombe et la température avec elle.
Au-delà du charme de l’accent andalou, leur sens de l’accueil nous a aussi fait chaud au cœur. À l’image de ce voisin camping cariste à Santomera, près de Murcie, qui nous a offert des chaises, une table et un plateau avec café, thé et gaufres pour nous réchauffer à la tombée de la nuit et mieux apprécier notre dîner à la popote.
Adaptée pour les cyclotouristes
Plusieurs amis nous ont ainsi rejoint depuis Paris pour parcourir un bout de route à nos côtés. Louer des vélos à la semaine fut très simple, sacoches fournies et assistance électrique en option. Depuis Séville, de nombreux itinéraires s’offrent aux cyclistes : vers Cordoue en passant par le parc naturel de la Sierra de Hornachuelos, plus au sud le parc national de Doñana et ses immenses plages praticables à vélo à marée basse, ou encore la route des villages blancs, avec Arcos de la Frontera, Setenil de las Bodegas ou Ronda.
Mais ce qui nous a le plus marqués, c’est la conduite incroyablement respectueuse des automobilistes. Dans le sud de l’Espagne, nous avons ressenti une véritable culture du partage de la route : ralentissements avant de dépasser, distances de sécurité respectées, panneaux de prévention. Tous ces petits détails font de l’Andalousie la destination vélo idéale.
2025-11-28T15:06:00Z