Expérientiel, immersif ou même réflexif, selon le mot du géographe Rémy Knafou… Le tourisme, aujourd’hui, est assorti de nombreux qualificatifs qui démontrent, sans aucun doute, le besoin croissant de découvertes en profondeur. «Nous sommes entrés dans une ère où l’expérience est un produit de consommation ultime. Après les objets, on cherche à donner au temps et au sens une dimension marchande», analyse Abdu Gnaba, anthropologue de la consommation et fondateur du Sociolab, qui sonde nos modes de vie. On en oublierait presque que le tourisme est justement une source d’expériences ! Ouverture sur l’inconnu, rencontres, nouveaux horizons… Il y a toujours dans le voyage de l’inédit, de l’apprentissage. Le sociologue Jean Viard déclare d’ailleurs que le tourisme est une base pour s’aimer les uns les autres, se frotter à la richesse d’un ailleurs, se rendre compte des différences de chacun.
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Pourquoi désormais désirer plus de surprise, d’initiation ? La réponse se trouve peut-être dans le confinement et dans la frustration qu’il a pu engendrer. L’enfermement nous ayant relégués pendant de nombreux mois au rôle de spectateurs, bloqués derrière nos écrans, l’envie de redevenir acteurs, d’enrichir en direct nos connaissances et nos émotions, s’en est trouvée catalysée. Si depuis son ordinateur ou son smartphone, on peut tout voir et visiter, on ne peut pas, en revanche, pleinement ressentir. «Une expérience touristique qui a du sens vous soustrait au bruit du monde. Elle ne cherche pas à vous stimuler en permanence, mais à vous rendre réceptif au caractère d’un lieu, au rythme d’une oliveraie ou au silence d’une architecture. En somme, elle vous rend disponible. C’est là que le voyage retrouve sa vocation première : transformer et non distraire. Cependant, ce tourisme expérientiel atteint ses limites quand il cherche à produire l’expérience plutôt qu’à la permettre, qu’il se contente d’être une accumulation d’instants calibrés, de scénarios sensoriels préemballés, soit le contraire même du moment vécu», poursuit Abdu Gnaba.
Face au «tout compris» scénarisé, certains entrepreneurs, ont donc choisi la sincérité et l’endurance. Un guide de montagne qui imagine un refuge de luxe isolé aux frontières de l’Arctique pour accueillir et accompagner les adeptes de la glisse, un chef qui transforme un repas en parenthèse méditative permettant de renouer avec notre environnement, un admirateur des architectes qui fait bâtir des maisons par ses vedettes, des épicuriens qui font partager leur passion pour les olives… En France et partout dans le monde, les propositions se multiplient pour vivre autrement le voyage, en changeant son rythme et ses perspectives. En somme, en s’éloignant des sentiers battus pour déambuler lentement sur les chemins de traverse.
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«Comprendre les éléphants, découvrir leur intelligence hors pair... C’est ce que nous proposons aux résidents de notre hôtel, situé à une heure de la ville de Chiang Rai, grâce à un programme de sensibilisation et d’éducation exceptionnel. Il est ainsi possible de passer une journée entière à leur contact, depuis le réveil jusqu’au bain du soir, sans oublier les promenades et repas dans la journée. Il faut savoir qu’un éléphant ne dort que deux heures par jour. Le reste du temps, il marche et se nourrit. Depuis peu, nous avons installé des bulles, de véritables chambres totalement transparentes, qui permettent de passer la nuit avec eux et de suivre ainsi l’intégralité de leur cycle. Sur les 70 hectares de l’Anantara Golden Triangle vivent aujourd’hui 17 éléphants. Nous les avons accueillis dans le cadre des actions de notre fondation, née il y a vingt ans sous l’impulsion de William E. Heinecke, fondateur de Minor International, groupe dont dépendent les hôtels Anantara. Grand défenseur de ces animaux emblématiques de la Thaïlande, mais qui, avec la modernisation du pays, ont été malmenés, il a décidé de créer une structure afin de leur venir en aide. L’objectif était, et est toujours, de recueillir et de prendre soin d’éléphants ayant été maltraités dans des cirques, dans la rue, où ils sont parfois utilisés comme “bêtes de foire” auprès des touristes. Si un vétérinaire veille à leur santé, chaque éléphant est également accompagné, chez nous, d’un mahout, son guide, en quelque sorte son maître. Ces mahouts ne s’occupent parfois que d’un seul éléphant durant toute leur vie ! Ce lien si particulier illustre combien ces animaux sont attachants et méritent d’être mieux connus.»
Anantara Golden Triangle Elephant Camp & Resort, 229, Wiang, Chiang Saen District, Chiang Rai 57150 (Thaïlande). Tél . : +66 53 784 084. anantara.com
«Tout a démarré lorsque j’ai rencontré les architectes d’Office KGDVS à la Biennale de Venise en 2006. J’ai toujours été passionné par les réalisations architecturales. Nos échanges m’ont persuadé que c’était le moment ou jamais de réaliser un vieux rêve : développer un projet immobilier à partir d’une collection d’architectures réalisées avec le concours de l’avant-garde (Tatiana Bilbao, Sou Fujimoto, Bijoy Jain…). Je venais de vendre une société, et je me suis mis en quête d’un cadre idéal pour édifier ce projet. J’ai été totalement séduit par l’environnement très préservé du Matarraña, cette Espagne vide aux confins de la Catalogne et de l’Aragon. Et j’y ai acheté une centaine d’hectares.
Mon autre fil rouge était celui de la villégiature pour que ces habitats aillent à l’essentiel, sans fioriture. Après avoir fait construire deux villas, j’ai compris qu’il fallait faire évoluer le projet vers un modèle d’hospitalité, autrement dit vers la location ponctuelle, au sein duquel viendrait s’inscrire un hôtel. L’architecte Smiljan Radic a conçu un dispositif articulé autour d’une quarantaine de cabines, dotées de tous les services hôteliers venant aussi profiter aux villas. Le temps de l’architecture peut être très long… Aussi, avec ma femme, Eva Albarrán, qui dirige une agence de production artistique, nous avons imaginé un parcours de sculptures à travers le domaine afin de dessiner une première forme à ce projet. Aujourd’hui, le dialogue entre l’art et l’architecture, mais aussi le paysage et désormais la viticulture fonctionne au-delà de nos espérances, que ce soit pour les premiers résidents, les artistes ou les architectes, qui voient là un nouveau terrain de jeu pour s’exprimer. Désormais, il est question de création contemporaine au sens large du terme, qui façonne un art de vivre que l’on peut venir expérimenter le temps d’un séjour comme d’une simple visite.»
Solo Houses, 44623 Cretas (Teruel), Espagne. Tél. : +34 673 77 49 49. solo-houses.com
«Ma famille est originaire de Riksgränsen, en Laponie. Durant mon enfance, je venais donc souvent skier ici. À ma majorité, je suis devenu patrouilleur secouriste, puis, en 2000, je suis parti à Chamonix pour suivre une formation de guide de montagne. J’ai travaillé sur tous les massifs de la planète, mais chaque saison, je revenais à Riksgränsen avec des clients pour qui j’organisais des séjours d’héliski. L’hébergement n’était pas du tout au niveau de ce terrain de jeu spectaculaire ! Combien de fois la fantastique journée passée en montagne était gâchée par une soirée médiocre. Avec un client à la tête d’une société d’immobilier basée à Göteborg, nous avons donc commencé à fantasmer sur l’idée de transformer une ancienne gare de triage à l’abandon en hôtel au design contemporain dédié aux amateurs de ski extrême (héliski et ski de randonnée).
Le fantasme s’est concrétisé au bout de six ans ! L’architecture d’intérieur de Niehku est signée de l’agence Stylt, et elle a été distinguée par l’Unesco Award Versailles for World’s Best Hotel Interior. Outre le travail sur le décor et l’ambiance ainsi que sur l’offre de restauration, nous avons beaucoup misé sur l’aspect fonctionnel. Nous mettons à disposition du matériel très haut de gamme grâce à des partenariats et nous garantissons une palette de services très premium. Pour satisfaire les résidents des 14 chambres, nous sommes 35 personnes, en comptant les pilotes et les guides de montagne. Notre priorité est de comprendre les envies et les besoins de nos visiteurs, et surtout de les mettre totalement à l’aise… À ce niveau de prestations, nous sommes les seuls sur le territoire lapon, et, en restant humbles, il n’y a pas vraiment d’établissements identiques au Niehku dans d’autres massifs montagneux.»
Niehku Mountain Villa, Lokvändarvägen 20, 981 94 Riksgränsen (Suède). Tél. : +46 980 430 50. niehku.com
«Je suis natif du Sud-Tyrol, où mes parents possédaient un restaurant. J’ai appris à cuisiner avec ma mère, de façon très traditionnelle. J’ai passé huit ans à ses côtés, puis j’ai voulu explorer des voies plus raffinées. Je suis allé travailler chez Tantris, table deux étoiles à Munich, pilier de la cuisine créative, puis à la Schwarzwaldstube, un trois-étoiles situé dans la Forêt-Noire. En 2018, j’ai intégré l’équipe de l’hôtel Forestis, monté par Teresa et Stefan Hinteregger, afin de développer un projet culinaire basé sur la nature et le bien-être. Cela correspondait parfaitement à mes passions. Depuis toujours, j’adore la cueillette en montagne et en forêt. C’est important pour un chef de connaître ses racines pour développer une approche moderne. Rapidement, nous avons décidé de mettre en place un second restaurant, mais vraiment différent de tout ce que nous avions pu découvrir lors de nos voyages et dégustations.
Nous avons partagé nos idées, nos envies, et Yera a peu à peu pris forme. C’est un endroit énigmatique, enterré au cœur de la forêt, à l’ambiance “primaire”, où l’on déguste une cuisine au plus proche de la nature. En entrant, on aperçoit un feu au centre de la pièce… On comprend alors que l’on va vivre un retour aux origines. Il n’y a pas de serveurs, les quatre cuisiniers qui officient à mes côtés expliquent les plats composés d’ingrédients sauvages comme des , des baies, des noix… Nous utilisons des techniques de séchage ou de fermentation pour conserver les aliments jusqu’à l’hiver. En nous appuyant sur ces techniques ancestrales, sur des produits bruts, nous voulons réellement donner au repas une dimension méditative.»
Yera, hôtel Forestis, Palmschloß 22, 39042 Brixen/Bressanone (Italie). Tél. : +39 04 7252 1008. yera.it
2026-01-19T07:30:27Z